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15 mars 2009

15 mars, die Idibus Martiis

Aujourd'hui Jour des Ides de Mars, c'est la fête des Equirria, fête équestre en l'honneur du dieu Mars, pendant laquelle on accomplit des rites de purification des chevaux.

Mais nous commémorons aussi et surtout la mort de Jules César, assassiné en 44 avant J.C.
La légende, Vox Populi et les cours d'histoire racontent qu'il est mort assassiné par des conjurés, parmi lesquels Brutus, son fils; ce qui lui aurait permis de dire cette phrase célébrissime entre toutes et incluse au Panthéon des grandes phrases: TU QUOQUE , FILI : toi aussi, mon fils. Goscinny et Uderzo reprennent la formule comme un gag récurrent, ici dans Astérix gladiateur:

tuquoque.jpg


Le hic, c' est qu'il l'a prononcée en grec, sa langue presque maternelle; César était bilingue latin- grec, comme tous les gens cultivés et bien éduqués de son époque. Suétone écrit ainsi dans la Vie des douze Césars, livre I, 82:
etsi tradiderunt quidam Marco Bruto irruenti dixisse: kai su teknon
Toutefois, quelques écrivains rapportent que, voyant s'avancer contre lui Marcus Brutus, il dit en grec: "Et toi aussi, mon fils!"

Tu peux lire ici le récit de sa mort chez Suétone:
L’assassinat de Jules César

Tandis qu’il s’asseyait, les conjurés l’entourèrent, sous prétexte de lui rendre hommage, et tout de suite Tillius Cimber, qui s’était chargé du premier rôle, s’approcha davantage, comme pour lui demander une faveur ; mais César faisant un signe de refus et le renvoyant à un autre moment, Tillius saisit sa toge aux deux épaules ; alors, comme César s’écriait : « Cette fois, c’est de la violence ! » l’un des deux Casca le blessa par derrière, un peu au-dessous de la gorge. César, lui ayant saisi le bras, le transperça de son poinçon, et essaya de s’élancer en avant, mais il fut arrêté par une autre blessure. S’apercevant alors que de toutes parts on l’attaquait, le poignard à la main, il enroula sa toge autour de sa tête, tandis que de sa main gauche il en faisait glisser les plis jusqu’au bas de ses jambes, pour tomber avec plus de décence, le corps voilé jusqu’en bas. Il fut ainsi percé de vingt-trois blessures, n’ayant poussé qu’un gémissement au premier coup, sans une parole ; pourtant, d’après certains, il aurait dit à Marcus Brutus qui se précipitait sur lui : « Toi aussi, mon fils ! » Tous s’enfuyant en désordre, assez longtemps il resta sur le sol, privé de vie, puis on le déposa sur une civière, un bras pendant, et trois simples esclaves le rapportèrent chez lui. Or, parmi tant de blessures, d’après le médecin Antistius, il ne s’en trouva pas de mortelle, excepté celle qu’il avait reçue à la poitrine, en second lieu.
Suétone , Vie des douze Césars, livre I


et là celui de ses funérailles

Quand la date des funérailles eut été annoncée, on dressa le bûcher sur le Champ de Mars, à côté du tombeau de Julie, et l’on édifia devant la tribune aux harangues une chapelle dorée sur le modèle du temple de Venus Genetrix ; à l’intérieur fut placé un lit d’ivoire tendu de pourpre et d’or, et à sa tête, un trophée avec les habits portés par César au moment du meurtre. Comme la journée ne paraissait pas devoir suffire au défilé des personnes portant des offrandes, on édicta que chacune d’elles, sans observer aucun ordre, les apporterait au Champ de Mars, en suivant l’itinéraire qu’il lui plairait.
Au cours des jeux funèbres, on chanta les vers propres à inspirer de la pitié pour César et de la haine contre ses assassins (…).
En guise d’éloge funèbre, le consul Antoine fit lire par un crieur le sénatus-consulte qui avait décerné collectivement à César tous les honneurs divins et humains, ainsi que le serment par lequel tous les sénateurs s’étaient engagés à défendre la vie du seul César ; il n’ajouta lui-même que fort peu de mots.
Le lit funèbre fut porté au forum devant la tribune aux harangues par des magistrats en exercice ou sortis de charge. Les uns voulaient qu’on le brûlât dans le sanctuaire de Jupiter Capitolin, les autres, dans la curie de Pompée, mais tout à coup deux hommes ayant un glaive à la ceinture et tenant chacun deux javelots y mirent le feu avec des cierges allumés et à l’instant la foule des spectateurs entassa autour de lui du bois sec, les banquettes et les tribunaux des juges, enfin tous les présents qu’elle pouvait trouver. Ensuite, des joueurs de flûte et des acteurs, se dépouillant des habits empruntés à l’appareil des triomphes, qu’ils avaient revêtus pour la circonstance, les déchirèrent et les jetèrent dans les flammes ; les vétérans de ses légions y jetèrent les armes dont ils s’étaient parés pour les funérailles ; et même un grand nombre de matrones, les bijoux qu’elles portaient, avec les bulles et les prétextes de leurs enfants. Outre ces manifestations solennelles de la douleur publique, les colonies étrangères prirent le deuil séparément, chacune à sa manière, tout spécialement les Juifs, qui allèrent jusqu’à se réunir plusieurs nuits de suite autour de son tombeau. (…)

César mourut dans sa cinquante-sixième année et fut mis au nombre des dieux, non point seulement par un décision toute formelle des sénateurs, mais suivant la conviction intime du vulgaire. En effet, au cours des premiers jeux que célébrait en son honneur, après son apothéose, Auguste, son héritier, une comète, qui apparaissait vers la onzième heure, brilla pendant sept jours consécutifs et l’on crut que c’était l’âme de César admis au ciel : voilà pourquoi on le représente avec une étoile au-dessus de sa tête. On décida de murer la curie où il avait été assassiné, de nommer les ides de Mars « Jour parricide », et d’interdire à tout jamais au sénat de se réunir à cette date.
Quant à ses meurtriers, aucun, ou peut s’en faut, ne lui survécut plus de trois ans et ne périt de mort naturelle.
Suétone, Vie des douze Césars, Livre I, LXXXIV-LXXXIX
Traduction de Henri Ailloud, ed. Folio

Après la mort de César, Brutus, son fils adoptif, s'adresse aux Romains; voici le discours que Shakespeare lui prête:

" Romains, concitoyens, amis ! [...] Jugez-moi dans votre sagesse, et réveillez vos sens pour être meilleurs juges. Que s'il est dans cette assemblée quelque ami de César, je lui dis : Brutus n'aimait pas moins que vous César. Que si cet ami me demande pourquoi Brutus se leva contre César, voici ma réponse : j'aimais César autant, mais j'aimais Rome davantage. Préféreriez-vous César vivant, qui vous ferait tous mourir esclaves, à César mort, qui vous fait tous vivre libres ? César m'aimait, je le pleure; il fut fortuné, je m'en réjouis; il fut vaillant, je l'honore; il fut ambitieux, je le tue. Voici des larmes pour son amitié, de la joie pour sa fortune, de l'honneur pour sa vaillance et, pour son ambition, la mort. Qui est assez bas ici pour vouloir être un esclave ? S'il y en a un, qu'il parle : je l'ai offensé. Qui est ici assez sauvage pour ne pas vouloir être Romain ? S'il y en a un, qu'il parle : je l'ai offensé; Qui est ici assez vil pour ne pas aimer sa patrie ? S'il y en a un, qu'il parle : je l'ai offensé. "

Shakespeare, J. César, III, 2 (trad. E. Fleg, éd. Pléiade)

00:00 Écrit par Vega dans Calendrier romain | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  Imprimer |

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