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02 mai 2010

L' Ami retrouvé, Fred Uhlman

Fred Uhlman a participé en 1985 à l'émission littéraire de Bernard Pivot Apostrophes, très célèbre à l'époque. On peut voir ce digne et vieux monsieur dans un extrait diffusé sur le site de l'INA à cette adresse :

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPB850...

où il raconte qu'après avoir fui l'Allemagne en 1933 et s'être réfugié en France puis finalement en Angleterre, il a essayé d'oublier ses 20 années passées dans son pays et l'horreur qu' a vue naître le pays de Goethe.

 

Je vous propose un corrigé des questions posées dans le contrôle.

 

CORRECTION DU CONTRÔLE DE LECTURE : L'AMI RETROUVÉ, FRED UHLMAN

 

  1. Les faits commencent en février 1932, juste après les 16 ans du narrateur, pendant l'ascension hitlérienne en Allemagne et finissent en janvier 1933 ; après une coupure, le narrateur résume sa vie adulte aux USA. Les faits sont racontés « plus d'un quart de siècle » après, "trente ans plus tard". La narration est donc rétrospective, avec présence du présent d'énonciation et de passé simple de premier plan, et revient sur un passé d'enfance. Cette narration rétrospective pourrait à première vue s'apparenter à une autobiographie.

  2. Le narrateur est un personnage de l'histoire et raconte à la première personne : « nous le méprisions…il entra dans ma vie » le prouvent. L'identité du narrateur n'étant pas révélée immédiatement, le récit peut passer pour autobiographique ; de plus l'auteur, Fred Uhlman, est allemand, originaire de Stuttgart, a quitté l'Allemagne avant la 2nde GM en 1933 tout comme le narrateur. Cependant on apprendra plus tard que le narrateur se nomme Hans et a 16 ans en 1932, alors que l'auteur, né en 1901, a 31 ans à cette époque : l'équation N = P est exacte mais pas N = A. Toutefois il paraît vraisemblable que ce récit s'inspire de la vie de l'auteur dans l'Allemagne pré-hitlérienne en évoquant le thème central de l'antisémitisme.

  3. L'amitié entre Hans et Conrad débute au ch 5 et répond à un besoin romanesque d'idéal. Ils sont seuls, se sentent différents des autres et aspirent à un sentiment fort et entier qui les dévouerait à autrui, dans une communion d'idées et d'âmes. Leur rencontre produit une sorte de coup de foudre chez Hans, « comme deux amoureux » et son désir se manifeste d'abord par une fascination puis par des tentatives répétées pour susciter l'intérêt de Conrad et une « décision » que Conrad devait devenir son ami : participation brillante en classe, démonstration de force physique à la barre, apport d'une intéressante collection de monnaies anciennes. Leur amitié les rend inséparables et repose sur des échanges d'idées, de réflexion philosophique, culturelle, littéraire, poétique et politique, ch 6et 7, sur une harmonie de leurs sentiments qui se retrouve dans la nature (topos romantique du paysage comme état d'âme des personnages) ch 6, sur le partage de « doux moments ». Leur amitié grandit dans un échange total.

  4. Le père de Hans est un médecin juif, archétype du juif allemand : antisioniste, tolérant, assimilé, patriote, bien intégré et serein. Partisan de « l'assimilation » des juifs, convaincu que le « nazisme est une maladie passagère », il se révèlera faible et servile devant Conrad, en faisant allusion à sa fréquentation des « Von » du temps de l'armée, en claquant des talons et en appelant Conrad « Herr Graf » ce qui rend Hans honteux et humilié. Cependant le lecteur voit en lui un héros au ch.18. Il met en fuite un nazi qui veut l'empêcher de travailler en arborant seulement son uniforme et ses médailles de la 1ère GM. Son optimisme sur son pays ne résiste pas à la montée du nazisme et il se suicide au gaz avec sa femme.

  5. L'amitié de Conrad et Hans rencontre plusieurs barrières: sociale tout d'abord, car Conrad descend de famille royale et qu'il représente la "race" aryenne vantée par le régime nazi, alors que Hans descend d'une famille de rabbins et de commerçants juifs ; politique ensuite car malgré l'assimilation de la famille de Hans, leur patriotisme , l'antisémitisme qui règne dans la famille de Conrad pousse le jeune homme à s'éloigner de son ami, idéologique enfin à cause de la conviction de Conrad que l'arrivée de Hitler est une bonne chose pour l'Allemagne.

  6. La séquence de l' Opéra met en scène Conrad refusant de voir Hans à l'entracte de Fidelio. Hans cauchemarde et demande une explication à son ami, lequel révèle ce que le lecteur a compris : sa mère est raciste et antisémite et lui interdit de fréquenter Hans. Tout en proposant de continuer d'être amis, Conrad n'invite plus jamais Hans chez lui. Cette séquence marque le début de la fin puisque Conrad préfère obéir à sa mère que respecter son idéal et ses sentiments, c'est l'épisode où leur amitié intense bascule. Elle se terminera au ch 16 lorsque Conrad fait comme si de rien n'était après l'agression de Hans par Bollacher.

  7. Le titre L'ami retrouvé repose sur un présupposé : cet ami a d'abord été perdu. Hans a perdu son ami Conrad qui le trahit à la fin du ch 16, ce qui semble confirmé par la lettre qu'il reçoit et dans laquelle Conrad réaffirme sa confiance en Hitler. 30 ans plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique, Hans a tout ce qu'on peut souhaiter mais se perçoit comme un raté et avoue que ses  « blessures ne sont pas cicatrisées » : douleur de la perte du pays, de la famille et surtout de l'ami qu'on voit à la vérification que fait Hans du passé des Allemands avant de leur serrer la main. Lorsqu'il reçoit une demande de financement pour ériger un monument aux morts, son refus de lire la ligne des H montre encore la peine qu'il ressent. La dernière phrase sonne comme une réhabilitation de Conrad : sa participation dans le complot contre Hitler montre qu'il est revenu vers Hans, même sans le lui dire, et c'est par delà la mort que Hans retrouve cet ami qu'il croyait perdu.

21:31 Écrit par Vega dans Français 3ème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  Imprimer |

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