Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

02 avril 2014

Comment écrire un dialogue ?

La qualité fondamentale d'un dialogue, c'est qu'il puisse faire avancer l'action, livrer des informations importantes sur les personnages : leur tempérament, leur passé. Qu'on y sente leur façon de s'exprimer.  Son défaut principal, par conséquent, c'est le bavardage : parler pour ne rien dire, mettre quatre répliques à se dire bonjour, répéter par un verbe de parole ce que la parole en question fait déjà comprendre. 

Lançons-nous dans le vif du sujet : dialogue de récit ou de théâtre, seules la forme et la ponctuation vont changer.

Tout d'abord, un peu de réflexion : demandez-vous quelle est la situation de communication entre vos personnages. Où cet échange  a-t-il lieu ? Quand ? Pourquoi  se parlent-ils ? C'est une rencontre ? Ils veulent entrer en contact. C'est une discussion ? Ils veulent obtenir des informations, faire agir l'autre.

Quel est le thème du dialogue ? Quel est son but ? Raconter, expliquer, exprimer des sentiments, argumenter, défendre une opinion, attaquer l'opinion de l'autre ?

Quel est le caractère de vos personnages ? Cela va influer sur leur façon de parler, de questionner ou de répondre, sur leur quantité de paroles aussi. Il faudra adapter leur niveau de langue et toujours éviter les grossièretés ou les  grosses familiarités.

Dans un récit, vous pouvez faire parler vos personnages de trois manières différentes :

1 - le discours direct : les paroles sont retranscrites exactement comme elles ont été dites. Côté ponctuation, il faut des guillemets au début et  à la fin des paroles et tirets à partir du 2e interlocuteur. Il est écrit aux temps du présent (d'énonciation), on y trouve aussi de l'imparfait, du passés opposé, du conditionnel, du plus-que-parfait. On y trouve des marques d'oralité :

=>Il ricana : "Franchement, qu'est-ce que ça peut bien me faire, maintenant, hein ? Elle est partie hier, ta frangine ! "

2 - le discours indirect : un verbe de parole suivi de que (il dit que , il répondit que, il objecta que...) qui introduit une subordonnée conjonctive complétive , ou demanda si et une subordonnée interrogative indirecte. Les paroles sont modifiées dans leurs temps, leurs personnes pour respecter la concordance des temps. Souvent  les adverbes d'énonciation sont modifiés (hier devient la veille etc.) et les marque d'oralité sont supprimées.

=>Il demanda ironiquement ce que ça pouvait bien lui faire à présent. Sa sœur était partie la veille.

3 - le discours indirect libre : il démarre par un verbe de parole, sans que et sans subordination. Les personnes et les temps sont modifiés pour respecter la concordance des temps. Mais on conserve le phrasé de l'oral, les marques d'oralité et les adverbes qui sont références à l'énonciation (les déictiques).

=>Il ricana. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire, maintenant, hein ? Elle était partie hier, sa frangine !

Pour démarrer votre dialogue une phrase représentation, narrative, permettra de comprendre la situation.

Un dialogue, c'est bien. Surtout s'il présente de l'intérêt.

Evitez absolument les salamalecs, du type :

" Bonjour !

- Bonjour !

- Ça va ?

 - Oui, ça va, et toi ?

- Ça va." 

Au final, vous avez gaspillé cinq lignes pour ne rien dire. Supprimez-les. Vous pouvez avantageusement les remplacer par un récit de paroles :

Ils se saluèrent.

Rapide, précis, rien d'inutile.

Variez les façons d'introduire la parole. Utilisez "dit-il" en incise, pas trop souvent non plus. Si vous n'avez que deux personnages, vous pouvez introduire la parole par une phrase narrative avant ou la récapituler après.

Choisissez quelques verbes de paroles, et les bons.  Pas de redondances. Regardez cet exemple :

" Je vais te dire une bonne chose, annonça Jules.

- Ah ? quoi donc ? demanda  Jim.

-J'en ai vraiment assez, j'arrête, ça fait des heures qu'on marche, répondit Jules.

La première phrase est une annonce : annonça est une redondance ; ensuite la réplique suivant est une question : le point d'interrogation nous a déjà donné l'information. Inutile d'ajouter "demanda", d'autant que la question n'est pas importante, elle n'est là que pour maintenir le contact entre les deux locuteurs. Et puisque la réplique de Jules vient juste après, c'est forcément une réponse. Là aussi, le verbe est inutile, il n'apporte aucune précision.  Cet échange pourrait s'écrire ainsi :

" Je vais te dire une bonne chose", annonça Jules. J'en ai vraiment assez, j'arrête, ça fait des heures qu'on marche."

Utilisez ces verbes , ou d'autres, s'ils apportent une vraie information : le ton de la voix, le volume, le rythme. Si les actions et les paroles disent la même chose, enlevez l'une ou l'autre. Voyez ici :

http://lateliercarpediem.midiblogs.com/archive/2009/06/24/verbes-pour-enrichir-les-dialogues.html

Par exemple :

Romain était hors de lui. Il frappa la table d'un violent coup de poing.

" Retire tes sales pattes de là ! hurla-t-il avec colère.  Tu me fais honte ! "

Le lecteur sait déjà que le personnage est hors de lui et qu'il a frappé la table. Inutile d'ajouter avec colère : on a compris son émotion. Inutile aussi de préciser qu'il hurle : le coup de poing et le point d'exclamation nous l'ont déjà dit, on se doute bien que dans un pareil état il ne va pas parler normalement ni calmement. On pourrait donc écrire à la place :

Romain était hors de lui. Il frappa la table d'un violent coup de poing.

" Retire tes sales pattes de là ! Tu me fais honte ! "

Conséquence : utilisez tous les signes de ponctuation qui vous permettront de traduire les intentions ou les intonations de vos personnages.

Alternez les répliques longues et les répliques courtes pour donner du rythme au dialogue.

Glissez de courts passages narratifs ou descriptifs entre les paroles rapportées.

Et surtout : lisez des auteurs qui écrivent bien. Agatha Christie, Fred Vargas écrivent de bons dialogues : prenez modèle sur elles.

 

Les commentaires sont fermés.