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15 juin 2014

Homère nous parle

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Gravure d'après un original du IIe siècle av. J.-C.
H. Guill. Tischbein, Figures d'Homère dessinées d'après l'antique. Tome premier : Iliade. Metz, 1801.
BnF, Estampes et photographie, Ta 4, t. 1 p. 8

Homère, bonjour et merci d'avoir accepté notre interview. Qui êtes-vous ?

Χαίρε ! Je suis un poète grec, un aède pour être exact. Ma vie est une légende, je suis une légende. Certains vont même jusqu'à dire que je n'ai jamais existé ! 7 villes grecques, pas moins, revendiquent l'honneur de m'avoir vu naître, dans cette ancienne partie du monde que l'on nommait Asie mineure et qui aujourd'hui appartient à un pays que vous nommez Turquie. J'ai vécu au VIIIe siècle avant notre ère. On dit de moi que j'étais aveugle. En tant qu'aède, j'ai inventé et chanté L'Iliade et L'Odyssée, des histoires de combats, d'amour, de héros, de dieux et de voyages, qui appartenaient à notre tradition orale.

 

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Homère, 1812, Philippe-Laurent Roland, Musée du Louvre, Paris.

 

Un aède ? Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce métier ?

Je suis à la fois un conteur, un inventeur d'histoire, un compositeur, un musicien, un poète, un chanteur : je raconte des mythes et des légendes à mon auditoire, en m'accompagnant de mon instrument favori, la phormynx, qui est une sorte de lyre.

 

 

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Apothéose d'Homère, Jean-Dominique INGRES, 1827, Musée du Louvre, Paris.

Mais alors, pourquoi dit-on que vous êtes un poète ?

 Mais parce que mes deux oeuvres sont des poèmes ! Ce sont même des épopées. Tout est en vers, en grec, dans ma langue d'origine. Rendez-vous compte : 15 693 vers pour L'Iliade, 12 110 pour  L'Odyssée, et tout cela appris par cœur ! Un travail de titan ! Tenez, voici les deux premiers vers de mon Odyssée :

῎Ανδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, ὅς μάλα πολλὰ

πλάγθη, ἐπεὶ Τροίης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσε

Ce que je traduirais dans votre langue par :

Chante-moi ce héros, Muse, [cet homme] aux mille ruses, qui porta de toutes parts

Ses pas errants, après avoir détruit les remparts sacrés de Troie.

Comment avez-vous construit votre poème L'Odyssée ?

C'est une œuvre en 24 chants, que j'ai imaginée avec des retours en arrière. Dans la première partie, du chant I au chant IV, c'est moi qui prends la parole : je raconte comment Télémaque décide de partir d'Ithaque à la recherche de son père, Ulysse, disparu depuis dix ans, après qu'il a quitté Troie. Télémaque est un jeune homme, son père est parti alors qu'il était tout petit, il ne sait même pas à quoi il ressemble.

Ensuite, dans la deuxième partie, du chant V au chant VIII, je dépayse mon auditoire, je l'emmène auprès des dieux et de la nymphe Calypso. Les dieux demandent à Calypso de laisser partir Ulysse, qu'elle retient auprès d'elle depuis sept ans. C'est Hermès qui porte ce message à la nymphe. Ulysse prend donc la mer, construit un radeau - il n' a plus de bateau- mais il se heurte à une terrible tempête comme on en voit en Méditerranée, déchaînée par le dieu Poséidon. Ulysse fait naufrage et aborde dans un état épouvantable sur les rives du royaume des Phéaciens. La princesse Nausicaa le trouve sur la plage et, malgré son état, elle n'a pas peur et l'emmène auprès de son père le roi Alkinoos.

Dans ma troisième partie, du chant IX au chant XII,  Ulysse va lui-même, par ma bouche, raconter son histoire à Alkinoos , le roi des Phéaciens et à tous les membres du banquet. Ulysse revient donc des années en arrière, après son départ de Troie et narre comment il a dû affronter des épreuves et des êtres terribles : les Cicones, les Lotophages, les Cyclopes, le dieu des vents Eole, les Lestrygons, la magicienne Circé et ses sortilèges, le pays des morts, les Sirènes et leurs chants, Charybde et Skylla, la colère d'Hélios et enfin Calypso et son amour merveilleux mais possessif.

Dans ma dernière partie, du chant XIII au chant XXIV, je reprends la parole et je raconte-enfin- le retour d'Ulysse en son île d'Ithaque, la manière dont il se déguise en mendiant puis se fait reconnaître par les siens : son chien Argos, sa nourrice Euryclée et enfin sa femme, Pénélope, qui est aussi rusée que lui et qui lui donne bien du fil à retordre. Je raconte comment il se venge des prétendants qui convoitent son trône et sa femme et comment il retrouve enfin son épouse et son foyer.

Regardez le voyage qu'il a fait, en tout cas tel que nous nous représentions notre monde et la Méditerranée à notre époque :

 

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Si vous voulez en savoir davantage sur moi, je vous recommande d'aller voir la très belle exposition de la BNF : http://expositions.bnf.fr/homere/expo/salle1/index.htm

Il ya un gros plan sur moi, avec beaucoup d'images, d'informations et même des commentaires parlés : http://expositions.bnf.fr/homere/borne1.htm

Je sens que nous sommes appelés à nous revoir : alors, à bientôt ! Ὑγιαίνε !

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