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17 juin 2014

Une Odyssée théâtrale, acte I.

Une Odyssée théâtrale. Adaptation Véronique GUILLAUME, d'après Homère.

Acte I.

(La scène se passe à Colone, petite bourgade près d'Athènes, près d'un bois d'oliviers. Il fait chaud.)

Scène 1. HOMERE et DEMODOKOS

 (Homère entre, s'avance à petits pas. Il sera toujours accompagné d'un jeune garçon, Demodokos. Il s'assoit sur un tronc, époussète ses vêtements et tend la main. Demodokos lui tend quelques olives.)

HOMERE - Je suis l'aède. Je suis aveugle. (Il mange.) Les dieux m'ont enlevé la vue, mais j'ai reçu en échange un bien plus précieux. (Le garçon s'installe, mange avec lui, range la besace.Je ne vois pas le monde des hommes, mais je lis dans leur cœur, dans leur âme. Je peux les émouvoir, les charmer, les terrifier. Je vis dans le séjour des Muses. Ce soir je chanterai Ulysse qui veut rentrer chez lui. 

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Scène 2. LA FOULE, HOMERE, DEMODOKOS puis ULYSSE, CALYPSO

(Soir)

(La foule s'impatiente. Bruits. Entrent Homère et Demodokos)

HOMERE  - Chante-moi, Muse, cet homme aux mille ruses qui erra si longtemps, après qu'il eut renversé la citadelle sacrée de Troie. Et il vit les cités de peuples nombreux, et il connut leur esprit ; et, dans son coeur, il endura beaucoup de maux, sur la mer, pour sa propre vie et le retour de ses compagnons Mais il ne les sauva point, malgré son désir ; et ils périrent par leur impiété, les insensés ! ayant mangé les boeufs de Hélios  Et ce dernier leur ravit l'heure du retour. Dis-moi une partie de ces choses, Déesse, fille de Zeus. Tous ceux qui avaient évité la noire mort, échappés de la guerre et de la mer, étaient rentrés dans leurs demeures ; mais Ulysse restait seul, loin de son pays et de sa femme, et la vénérable Nymphe Calypso, la très noble déesse, le retenait dans ses grottes creuses, le désirant pour mari. Et quand le temps vint, après le déroulement des années, où les Dieux voulurent qu'il revît sa demeure en Ithaque, même alors il devait subir des combats au milieu des siens. Et tous les Dieux le prenaient en pitié, excepté Poséidon, qui était toujours irrité contre le divin Ulysse, jusqu'à ce qu'il fût rentré dans son pays. (…) 

 

Scène 3.   ZEUS, ATHENA, APOLLON, APHRODITE, HERA, POSEIDON, entrant

 

ZEUS - Ah ! Que les hommes sont insensés ! Ils disent que leurs malheurs viennent de nous, et pourtant ils se débrouillent bien tout seuls pour être malheureux. Voyez Oreste, le fils d'Agamemnon, qui vient d'assassiner Egisthe, l'amant de sa mère. Quoi de plus normal ! Egisthe avait tué Agamemnon, le propre père d'Oreste, lui volant ainsi et sa femme et son trône. Nous l'avions bien prévenu pourtant de ne pas agir ainsi. Peine perdue !

ATHENA - Oui, père Zeus, fils de Cronos, tu as bien parlé. Mais mon coeur est dévoré de chagrins en pensant au valeureux Ulysse, à cet infortuné, qui depuis longtemps, loin de ses amis, souffre d’amères douleurs dans une île lointaine, située au milieu de la mer ; c’est dans cette île, couverte de forêts, qu’habite une déesse, la fille du prudent Atlas, qui connaît tous les abîmes de la mer, et qui soutient les hautes colonnes appuis de la terre et des cieux. Oui, sa fille retient ce héros malheureux et gémissant, elle le flatte sans cesse par de douces et de trompeuses paroles, pour lui faire oublier Ithaque ; mais Ulysse, dont l’unique désir est de revoir la fumée s’élever de la terre natale, voudrait mourir. Ton coeur ne se laissera-t-il point fléchir, roi de l’Olympe ? quoi donc ! Ulysse près des vaisseaux argiens, et dans les vastes champs d’Ilion, a-t-il jamais négligé tes sacrifices ? Pourquoi donc es-tu maintenant si fort irrité contre lui, grand Zeus ? 

ZEUS - (étonné) Ma fille, quelle parole s'est échappée de l'enclos de tes dents ? Comment pourrais-je oublier le divin Ulysse, le subtil Ulysse, le rusé Ulysse ? C'est Poseidon, mon frère,  qui lui en veut ! Oublies-tu qu'il a aveuglé son fils chéri, le cyclope Polyphème ? Il est si en colère qu'il ne veut même pas le tuer, mais le faire souffrir, en ébranlant le sol, en provoquant les tempêtes qui éloignent chaque jour un peu plus Ulysse de son pays ! L'errance, voilà à quoi Poséidon a condamné ton protégé.

ATHENA - O Père, le plus haut des Rois ! S'il te plaît, laisse repartir Ulysse chez lui. Envoie Hermès dans l'île d'Ogygiè où réside Calypso qui tient Ulysse captif depuis sept ans qu'elle l'aime. Ordonne-lui de le laisser repartir. Et moi , pendant ce temps, j'irai à Ithaque, je parlerai à son fils Télémaque, je le pousserai à partir à Sparte et dans la Pylos des Sables chercher des nouvelles de son père. (Zeus sourit et acquiesce. Ils sortent.)

 

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Scène 4. Dans l'île d'Ogygiè, chez Calypso. HERMÈS, ULYSSE, CALYPSO.

HERMES - Zeus l'a ordonné, Calypso,  : tu dois te soumettre toi aussi aux ordres du roi des dieux.

CALYPSO  (pleurant) - Mais je l'aime ! Et notre enfant, y songes-tu ?

HERMES - Calypso, ne le retiens pas de force ! Il ne peut plus regagner la terre de sa patrie. Apprends-lui à construire un radeau, et qu'il reprenne la mer.

Scène 5.  Sur la plage. CALYPSO, ULYSSE.

(Calypso et Ulysse se tiennent longtemps embrassés. Ulysse finit les derniers préparatifs de son radeau et s'en va.)

Scène 6. CALYPSO

CALYPSO  - (Elle est en transe.)  Tu t'engages pour un long voyage, mon bien-aimé ! Oh ! Horreur ! Poséidon l'Ebranler du sol déchaîne sur toi sa colère ! Je vois les vagues qui te submergent, et ton pauvre radeau englouti dans les flots. Mais tu vivras ! Tu survivras ! Tu aborderas les rivages de Phéacie, le corps tout abimé par la tempête ! La princesse Nausicaa t'accueillera et te mènera au palais de son père, le roi Alkinoos.

(Illustrations : Alice et Martin  PROVENSEN)odyssée,théâtre,ulysse,homère

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